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Fabien Vanhemelryck, Alliance police nationale : «Nos collègues attendent de nous une totale intransigeance»

28/11/2018

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«Alliance police nationale ne peut qu’être fier de son bilan», déclare Fabien Vanhemelryck à AEF info. Le secrétaire général délégué du syndicat majoritaire depuis 2014 chez les gardiens de la paix répond aux questions d’AEF info dans le cadre d’une série d’interviews réalisées en vue des élections professionnelles, qui se dérouleront du 30 novembre au 6 décembre 2018 dans la police nationale. «Nous avons encore beaucoup de revendications à porter pour le mandat 2018-2022, en particulier sur les conditions de travail», affirme le secrétaire général délégué. «Nos collègues attendent de nous une totale intransigeance», ajoute Fabien Vanhemelryck, selon lequel Alliance n’hésitera pas à «installer un rapport de force avec l’administration» si nécessaire.
AEF info : Depuis les dernières élections professionnelles, en 2014, la police nationale a été traversée par le mouvement des policiers dits «en colère». En tant que syndicat majoritaire chez les gardiens de la paix, y voyez-vous une remise en cause de votre action ?
Fabien Vanhemelryck : En tant que syndicat de police, nous ne pouvons pas ignorer ce mouvement, que nous respectons d’autant plus que, sans le dénigrer, nous ne l’avons pas attendu pour dénoncer le ras-le-bol des policiers ! Et Alliance police nationale ne peut qu’être fier de son bilan : nous avons obtenu en quatre ans ce que d’autres n’ont pas réussi à avoir en 50 ans ! Je pense en particulier au protocole sur les carrières des policiers en avril 2016 (lire sur AEF info) ou encore aux nouvelles règles d’usage des armes (lire sur AEF info). Par ailleurs, nous avons défendu systématiquement nos collègues et la police nationale dans les médias lorsque l’action de l’institution était mise en cause.
Malgré tout, nous constatons que nos collègues sont fatigués, usés, qu’ils souffrent d’un manque de considération. Nous avons donc encore beaucoup de revendications à porter pour le mandat 2018-2022, en particulier sur les conditions de travail.
AEF info : Quels sont vos objectifs dans le cadre de ces élections professionnelles ?
Fabien Vanhemelryck : Nous allons rester majoritaires, cela ne fait aucun doute. Notre bilan est très bon, je le disais, mais le cahier revendicatif est encore trop plein. Je pense que nos collègues comprennent que nous sommes majoritaires depuis seulement quatre ans et qu’en nous renouvelant leur confiance, ils nous permettront de poursuivre notre action en faveur des policiers.
AEF info : Justement, quelles sont les problématiques les plus immédiates pour les gardiens de la paix et les gradés de la police nationale ?
Fabien Vanhemelryck : La première concerne le manque de considération des policiers. Il y a un gros souci de management dans la police nationale, avec, dans certains cas, une forme de harcèlement de la hiérarchie dans un objectif de «bâtonnite» à outrance. En deuxième lieu, je citerais le manque d’effectifs : non seulement on ne recentre pas le policier sur ses missions prioritaires, mais on lui en rajoute ! Nous manquons cruellement de fonctionnaires et le recours aux heures supplémentaires reste répandu.
Il faudra revoir l’organisation des astreintes et revaloriser les heures de nuits : moins d’un euro de l’heure, c’est humiliant ! Sur le plan du déroulement de carrière, le protocole d’avril 2016 a constitué une avancée, mais il faut poursuivre cet effort, notamment pour les brigadiers chefs, les majors et en ce qui concerne les mesures sociales.
De manière plus globale, nous serons les porte-paroles de nos collègues : s’il faut installer un rapport de force avec l’administration, celle-ci ne se rend pas bien compte du niveau de mobilisation qui sera celui des policiers ! Qui s’y frotte s’y pique ! Nous ne sommes pas dans la guéguerre syndicale ni dans la radicalisation : notre seul combat, c’est la défense des policiers, et notre seul adversaire, c’est l’administration. En particulier, nous serons vigilants quant au statut spécial des policiers dans le cadre de la réforme annoncée des retraites.
AEF info : Vous succédez à Jean-Claude Delage comme tête de liste pour Alliance police nationale et la CFE-CGC (lire sur AEF info). Est-ce que cela signifie un changement de ligne syndicale ?
Fabien Vanhemelryck : Même si Jean-Claude Delage reste secrétaire général d’Alliance police nationale, c’est naturellement une page qui se tourne, avec une nouvelle dynamique qui s’installe. Ce n’est pas une révolution : l’ADN d’Alliance restera le même. Nous sommes toujours un syndicat de propositions, ouvert à la négociation. Néanmoins, le syndicalisme change et, encore plus aujourd’hui, nos collègues attendent de nous une totale intransigeance.
AEF info : Au-delà de ces revendications propres au corps d’encadrement et d’application de la police nationale, quelles sont les évolutions que vous appelez de vos vœux en matière de sécurité ?
Fabien Vanhemelryck : Pour nous, la priorité est d’éviter le laxisme de la justice et l’augmentation de l’impunité par des sanctions efficaces et réellement appliquées. Plus le sentiment d’impunité se répand, moins la police est respectée car une certaine population se sent légitimée à enfreindre la loi. Tant qu’on n’aura pas rétabli l’ordre, on ne pourra pas avancer. Par ailleurs, la présomption d’innocence doit être valable pour tout le monde, aussi et surtout pour les policiers mis en cause. Or ceux-ci sont parfois presque obligés de présenter leurs excuses aux délinquants.
AEF info : Christophe Castaner et Laurent Nunez ont été nommés le 16 octobre 2018 (lire sur AEF info). Qu’attendez-vous du nouveau ministre de l’Intérieur et du secrétaire d’État ?
Fabien Vanhemelryck : En tant que syndicat majoritaire, nous leur demandons d’être à l’écoute de nos revendications, et de les entendre réellement. Nous sommes les professionnels de terrain, nous avons les vraies remontées des policiers. Par ailleurs, nous espérons que Christophe Castaner n’ait pas, contrairement à d’autres ministres de l’Intérieur par le passé, d’autres ambitions ou idées en tête pendant son mandat place Beauvau et qu’il s’implique à 200 % dans sa tâche.