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Flash-Ball : la police se résout mal à l’idée de filmer ses tirs

24/01/2019

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En demandant aux policiers de se munir d’une caméra, Christophe Castaner veut clore le débat sur les «gilets jaunes» blessés par ces armes. Les forces de l’ordre sont sceptiques.

Christophe Castaner a-t-il trouvé la martingale pour mettre un terme aux accusations de violences illégitimes de l’État face aux «gilets jaunes»? Sa décision d’obliger policiers et gendarmes à filmer leurs tirs de lanceurs de balles de défense (plus communément appelés Flash-Ball, du nom de la marque qui développa à l’origine ce type d’armement non létal) laisse les forces de l’ordre perplexes.

Le ministre de l’Intérieur se devait de réagir face à la polémique grandissante sur les manifestants blessés durant les dix premiers actes du mouvement. Il a donc décidé que les agents qui utiliseront ces puissants projeteurs de boules en caoutchouc bien compactes seraient équipés de caméras-piétons censées filmer les tirs. Et ce, dès samedi, alors que pourrait avoir lieu l’acte XI des «gilets jaunes». Il s’agit de s’assurer que l’usage de l’arme est proportionné et surtout conforme aux règles d’emploi très strictes qui l’encadrent ; ne pas viser la tête notamment.

Prudent, l’hôte de Beauvau a spécifié que ces caméras portatives fixées à l’uniforme seraient «systématiquement activées» en «conditions normales», lors des opérations de maintien de l’ordre, mais pas «en cas d’agression» contre les policiers et gendarmes non engagés dans une charge, par exemple. Déjà, on imagine les controverses avec certaines associations qui dénonceront cette zone grise où l’emploi de la caméra est soumis à l’appréciation subjective de l’agent et de ses chefs.

Mais, sur ce point, les syndicats de policiers font bloc derrière le ministre. «Un policier pris dans la tourmente n’a franchement pas le temps de penser à allumer une caméra quand il doit, dans l’urgence, défendre des personnes en danger, ou se protéger lui-même contre une horde en furie qui lui fonce dessus», estime Frédéric Lagache, le secrétaire général adjoint d’Alliance (majoritaire chez les gradés et gardiens).

«Fausse bonne idée»
En tout état de cause, les policiers ne manifestent guère d’enthousiasme à mettre en œuvre ce nouveau système. «Les caméras-piétons pour filmer les tirs de lanceurs de balles de défense, c’est le type même de la fausse bonne idée», déclare le numéro deux d’Alliance. Il s’explique: «Non seulement elles ne sont pas pratiques à déclencher dans le feu de l’action, mais elles donneront des images illisibles.» Selon lui, «elles ont été imaginées pour filmer des contrôles d’identité jusqu’à cinq mètres, alors que le lanceur de balles de défense ne peut être employé que face à des cibles situées au-delà de dix mètres.