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POLICE : POUR LE PATRON D’ALLIANCE, FACE AUX CASSEURS, «ON NE PARVIENDRA À RIEN SANS ALLER À L’AFFRONTEMENT»

19/04/2019

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Fabien Vanhemelryck, le nouveau patron du syndicat de police Alliance, revient
pour le JDD sur les difficultés liées au phénomène des Black blocs présents dans
les manifestations des Gilets jaunes. Il évoque aussi l’état de la police française.
Tout juste élu secrétaire général du syndicat de police
Alliance, Fabien Vanhemelryck répond aux questions du
JDD, alors que 28 policiers ont mis fin à leurs jours depuis
le début de l’année et qu’une nouvelle manifestation
violente se profile à l’occasion de l’acte 23 des Gilets jaunes.
Il appelle ces derniers à «faire preuve de bon sens» si le
rassemblement venait à dégénérer : «Soit vous vous écartez
[des casseurs] et vous laissez agir la police, soit vous restez
auprès d’eux et vous êtes complices.»
Comment interpréter cette vague de suicides chez les forces
de l’ordre?
C’est toujours délicat d’interpréter un suicide. Mais il faut
arrêter avec la politique de l’autruche. Oui il y a une relation
de cause à effet entre le travail de policier et le passage à
l’acte. Quand des soucis personnels se conjuguent à des
conditions de travail déplorables, à une suractivité, à des
violences quotidiennes, à la détresse des gens qu’il faut
absorber, à un management parfois agressif, ça devient très
compliqué à vivre. Nos collègues ont besoin d’écoute, ce ne
sont pas des robots. Il faut absolument revoir le management
dans la police. Le ministre est attentif à la question…
La nouvelle PSQ (police de sécurité du quotidien) n’était-elle
pas censée améliorer la situation?
Oui mais nous restons dubitatifs. Chaque gouvernement
veut créer sa nouvelle organisation, mais sans annuler ce qui
existait précédemment et avec le souci d’afficher des résultats
pour démontrer que ça marche. Si on augmente les effectifs
et qu’en même temps on augmente le nombre de missions,
ça reste toujours aussi compliqué pour les policiers de terrain.
C’est pourquoi nous réclamons un audit complet, des Etats
généraux de la police, pour revoir l’ensemble des missions et
en finir avec les tâches indues.
Où en est le protocole signé en décembre dernier?
Avec l’intersyndicale, nous avons effectivement signé un
protocole d’accord en décembre 2018. En accordant une
augmentation de salaire aux gardiens de la paix, qui le
méritaient, le gouvernement a envoyé un signal positif.
Mais cette augmentation n’était que le préalable pour
que l’on accepte de se mettre autour de la table pour
régler notamment la question des 24 millions d’heures
supplémentaires impayées. Nous avons jusqu’à fin juin pour
trouver un accord mais les discussions prennent du retard.
Faut-il être inquiet pour la manifestation des Gilets jaune ce
samedi?
Malheureusement, cela s’annonce compliqué avec la
présence de nombreux ‘Black bloc’. Ces gens-là sont difficiles
à interpeller parce qu’ils se mélangent à la foule des
manifestants. Il faut que les Gilets jaunes prennent conscience
de la situation et s’écartent du périmètre d’intervention. Nous
disons, en tant que syndicalistes, que le droit de manifester
doit évidemment perdurer. Mais il faut faire preuve de bon
sens! Quand la situation commence à dégénérer, quand des
gens facilement reconnaissables vandalisent, cassent, s’en
prennent aux forces de l’ordre avec la volonté de blesser,
voire de tuer, soit vous vous écartez et vous laissez agir la
police, soit vous restez auprès d’eux et vous êtes complices.
Comment venir à bout de ce phénomène «Black bloc»?
Nos autorités ne cachent pas leur volonté d’en finir avec
tout ça, mais il faut que cela se traduise par des actes.
Malheureusement, on ne parviendra à rien sans aller au
contact, sans aller à l’affrontement. Il faut maintenant passer
de la déclaration d’intention à la mise en application. Il faut
aussi que la justice fasse son travail. Avec les aménagements
de peine, c’est un signal d’impunité qui est envoyé aux
casseurs qui, même condamnés à de la prison ferme, ne sont
presque jamais incarcérés. C’est pourquoi nous réclamons des
peines planchers pour les agresseurs de policiers.